« Mon objectif a toujours été le même : faire d’Esterel Caravaning un énorme bouquet de fleurs. »

Il y a trente ans, Robert Chaix, président de la Fédération Nationale de l’Hôtellerie de Plein Air du Var et ingénieur agronome, m’a fait cadeau de quelque chose d’inestimable : une formation accélérée en botanique, entièrement en latin. Trois ou quatre jours dans son camping, plante par plante, nom scientifique par nom scientifique. Il m’avait expliqué que les pépiniéristes ne parlaient qu’en latin. Il avait raison.
En piste
Armée de ce vocabulaire, j’ai commencé à faire le guet devant ma pépinière habituelle pour identifier son fournisseur. C’est ainsi que j’ai remonté la filière jusqu’à un broker de plantes en Italie, à Pistoia, au sud de Florence. Dans cette grande vallée, des dizaines de producteurs spécialisés font pousser bambous, cyprès, hortensias et bien d’autres. Chacun sa plante, sa spécificité, parfois une ou deux variétés seulement.
Je suis allée à Pistoia. J’ai fait le tour des pépinières. C’était le champ des possibles : tous mes rêves de jardin, devant moi, dix fois moins chers qu’en France. J’ai commencé par des petites commandes puis c’est monté crescendo depuis trente ans.
Planter pour la beauté
Parce que l’objectif a toujours été le même : faire d’Esterel Caravaning un énorme bouquet de fleurs. Donner de l’ombre aux familles car l’ombre fait baisser la température de plusieurs degrés sur un emplacement, réduit la climatisation, améliore la qualité du séjour. Donner de l’intimité à chaque client. Et s’intégrer au paysage de l’Estérel, disparaître dans la végétation, parce qu’il faut bien avouer qu’un camping sans arbres, avec seulement des caravanes et des mobil-homes, ce n’est pas très beau.
Aujourd’hui, plus de 85 % de la surface du camping est végétalisée (16 ha). Et ce n’est pas un jardin décoratif. La composition floristique reproduit un écosystème méditerranéen fonctionnel, dominé par des espèces indigènes : chêne-liège, arbousier, lentisque, filaire, myrte, romarin, thym. Des plantes qui connaissent ce sol, ce soleil, cette sécheresse estivale depuis toujours.

Planter contre le réchauffement climatique
Ce couvert végétal fait bien plus qu’embellir. Il régule la température, jusqu’à cinq degrés de moins ressentis sur un emplacement en plein été, grâce à l’ombrage naturel et à ce que les botanistes appellent l’évapotranspiration. Il stabilise les sols et améliore l’absorption de l’eau lors des épisodes pluvieux méditerranéens, ces pluies violentes et brèves qui peuvent ravager un terrain nu. Il accueille aussi une faune remarquable : mésanges bleues, hiboux petit-duc, renards, hérissons, écureuils et une grande diversité d’insectes pollinisateurs dont les populations sont soutenues par les ruches présentes sur le site. Dans un littoral méditerranéen fortement urbanisé, notre domaine fonctionne comme un corridor biologique entre le massif de l’Estérel et la mer, une zone tampon vivante, rare et précieuse.
Avec les années et les défis climatiques, j’ai évolué vers des plantes encore mieux adaptées à la sécheresse. Le laurier rose, qui couvre les talus de juin à septembre sans une goutte. Le lantana, ces petites boules de couleurs jaune, orange, rouge, impossible de les arrêter. Et les palmiers, entre 100 et 200 Washingtonia robusta plantés chaque année, qui apportent l’exotisme, demandent peu d’eau et régalent les abeilles avec leurs grappes de fruits.

290 000 plantes
L’année dernière, j’ai fait comptabiliser l’ensemble. Résultat : plus de 290 000 plantes, arbustes et arbres sur le camping. Suffisamment pour me permettre de calculer ma compensation carbone. Depuis 2008, Esterel Caravaning s’inscrit dans une démarche RSE. L’idée a toujours été de pouvoir compenser la dépense carbone des familles qui viennent ici.
Une super équipe
Tout cela ne serait rien sans eux. Willy, Stéphane et Jimmy entretiennent ce patrimoine végétal depuis plus de vingt ans. Ils connaissent chaque arbre, chaque massif, chaque caprice de ce jardin. Ce sont eux qui, chaque hiver, plantent, taillent, soignent et préparent ce que vous voyez en arrivant au printemps. Le bouquet de fleurs, c’est aussi leur ouvrage.
Entre nous : La première facture
Mes parents avaient planté avant moi. Beaucoup. Et j’en ai retrouvé les traces.
Pour les 50 ans, je me suis plongée dans les archives du camping et j’ai retrouvé la toute première facture de plantes achetées par mes parents. Un document qui date des origines, quelque chose d’absolument incroyable à tenir entre les mains !
Mais avant même cela, mes parents avaient fait une demande auprès de l’ONF, l’Office National des Forêts, pour obtenir une dotation gratuite de plants destinés à reverdir le camping. Les collines étaient nues, la terre rouge, pas un arbre. Ils avaient demandé 30 000 arbres. L’ONF leur en avait accordé un certain nombre, principalement des eucalyptus, choisis pour leur croissance rapide.
Ces eucalyptus sont toujours là. Ce fut le début de tout. Avant les 290 000 plantes d’aujourd’hui, avant les camions de Pistoia, avant les Washingtonia robusta et les lantanas.
– Aurore


