« Je ne suis pas une adjointe de direction classique. Je ne pense pas qu’un poste comme le mien existe dans d’autres campings. »
– Sabine

D’Innsbruck à Agay
Je suis autrichienne, originaire d’Innsbruck au Tyrol. C’est par Alessandra, mon amie d’enfance, que je suis arrivée à Esterel Caravaning.
Nous sommes d’abord venues en vacances ensemble en France et nous avons rencontré Jeff et Michel, deux meilleurs amis. Ce qui devait être un amour de vacances a duré sept années, à distance. On venait sur la Côte d’Azur de juin à août, eux montaient à la neige l’hiver. Au bout de sept ans, on a décidé de vivre ensemble. J’ai donc quitté l’Autriche.
Alessandra a commencé à travailler à Esterel Caravaning à la réception. Moi, j’avais trouvé un poste de chef de réception chez Pierre & Vacances à Port-Fréjus. Et puis en 2000, Alessandra m’appelle : Aurore vient de refaire le bar, elle cherche quelqu’un pour la matinée.
J’avais de l’expérience dans la restauration mais ce n’était pas un domaine qui m’attirait. Je suis tout de même venue à l’entretien. J’ai été séduite par les horaires et par le poste, différent de ce que j’avais fait auparavant. C’est ainsi que tout a commencé.

Un retour inattendu
J’ai travaillé six ans au bar. Puis j’ai été malade, toute une saison d’absence. Je suis ensuite revenue à la boutique. Et au bout de six ans, l’ennui m’a gagné, le vrai, celui qui vous ronge. Je défaisais des bijoux pour les refaire, je les cousais sur des sacs en cuir qui ne se vendaient pas, juste pour m’occuper les mains.
J’ai quitté Esterel Caravaning pour travailler dans la formation professionnelle, conseillère, CDI, cinq semaines de vacances. Ce que tout le monde appelle la vie normale. Mais cela ne me correspondait pas. Ce qui me manquait le plus ? Les échanges avec les familles venues de toute l’Europe, belges, anglaises, danoises, allemandes… Cette diversité de visages, d’accents… Cette ouverture me nourrit et m’enrichit au quotidien.
Alors j’ai décidé de retourner à l’école pour suivre une formation de Responsable d’Établissements Touristiques. Le premier jour, le directeur me demande mes projets. Je n’en avais aucun, j’avais juste envie d’apprendre. Alors j’ai improvisé : « Je vais travailler à Esterel Caravaning, comme adjointe de direction. » Pure invention !
Aurore a accepté de me prendre en stage, mais sans aucune perspective de poste. À l’issue des trois mois de stage, elle m’a dit : « Tu ne pars pas, tu restes. Je t’ai vue à l’œuvre. » Cela fait bientôt dix ans.

Le trio
Mon poste est difficile à définir. Je gère la qualité, les techniciens mobil-homes, les réceptionnistes, les litiges clients, les ressources humaines, le recrutement, les contrats, la préparation de la paye. Je suis la référente pour toutes les questions sans réponse. C’est épuisant, c’est varié et c’est exactement ce dont j’ai besoin !
Entre Aurore, Véro et moi, il y a une alchimie qui s’est construite dans la durée. Trois caractères différents, trois façons d’aborder les problèmes, trois façons d’y répondre : c’est ce qui nous rend efficaces. Nous formons un trio complémentaire. Aurore connaît nos compétences et elle nous laisse les mains libres, sans micro-management, avec une confiance qui oblige à se dépasser. Il y a une vraie amitié entre nous. On ne travaille pas pour un employeur mais pour quelque chose qui nous « appartient » un peu.
Trouver sa place
L’été, j’habite dans le bas du camping avec Michel. C’est la solution qu’on a trouvée pour concilier le travail intense d’un côté, la vie de famille de l’autre. Quand on est sur place, il n’y a plus de trajet, plus de rupture, plus de culpabilité. Michel retrouve Jeff, son meilleur ami, pour des parties de padel. Moi, je suis à deux minutes de tout ce qui m’attend. Et le soir, on est ensemble. C’est simple et ça change tout.
Mon fils a grandi ici. Il a appris à nager dans ces piscines, fait les 400 coups avec Lukas, le fils d’Alessandra, dans les allées du camping pendant que je travaillais. Avant-hier, il est venu jouer au tennis. Il m’a dit : « J’adore arriver ici. Je me sens tellement bien. » Il a résumé en une phrase ce que je n’arrive pas à expliquer. Pourquoi on reste, pourquoi on s’implique comme on le fait. Pourquoi, même après trente ans, on a encore l’impression d’arriver quelque part.
Entre nous : « Mon égo en a pris un coup. Et puis j’ai compris. »

Lorsque le stage de Sabine s’est terminé, je ne voulais pas qu’elle reparte. Je savais qu’avec elle, on allait passer à l’étape d’après, monter en qualité, devenir vraiment un établissement cinq étoiles. Sauf que laisser quelqu’un prendre sa place dans une entreprise qu’on a construite seule ou presque, c’est plus facile à dire qu’à faire.
La première année a été compliquée. Elle récupérait les dossiers, les emmenait dans son bureau. J’arrivais et mes dossiers RH avaient disparu. Et dans tout ce qu’elle prenait, elle était meilleure que moi ! Je ne vais pas mentir : mon égo en a pris un coup. Et puis je me suis cassé le bras. Trois mois d’immobilité. Il n’y a pas de hasard : mon corps m’a forcée à lâcher prise et lui laisser prendre la place qu’elle méritait.
Dès le départ, Sabine a apporté un œil acéré sur ce qui doit être, sur ce qui ne va pas, sur ce qui n’est pas encore assez. Quand elle inspecte un mobil-home, même neuf, si quelque chose ne lui convient pas, elle refait. Sans hésiter. C’est elle qui a changé tout le mobilier des mobil-homes, instauré le renouvellement annuel de toute la literie. Des coûts énormes, des décisions radicales. Pour chacune, elle a eu raison.
Dans notre trio, Véro et Sabine forment le couple de travail, celui qui fait tourner la machine au quotidien. Moi, je chapeaute, je donne le cap. Et quelque part, c’est Sabine qui tient le tout ensemble, avec son habileté à désamorcer, à cadrer, à ne jamais lâcher sur l’essentiel.
– Aurore



