Vingt-cinq ans de voyages et de créations.
L’idée qui a tout changé
Lorsque je décide de refaire le bar en 1998, les prix des matériaux en France me font tomber de ma chaise. Gérard Marinier (Gégé pour les intimes) gérait déjà le restaurant d’Estérel Caravaning depuis quelques temps. Il a une idée. Comme moi, il avait eu le coup de foudre pour Bali et décidé de s’y installer l’hiver. Il y avait développé un réseau, noué des contacts avec des artisans, des fabricants, un transitaire car sa femme y faisait faire des vêtements. Un jour il me dit : « Pourquoi tu ne ferais pas tes meubles en Indonésie ? Les prix sont très intéressants. »
C’est ainsi que j’ai commencé à dessiner mes premiers meubles moi-même. J’ai choisi les matériaux, les formes, les finitions. Un conteneur est arrivé. Puis un autre. Depuis 1998, c’est en moyenne deux conteneurs par an qui ont débarqué au port de Marseille. Vingt-cinq ans de voyages, de sélection, de création. Tout ce que vous voyez ici, le restaurant, le bar, les terrasses, les espaces communs, est passé par là.
Dessiner ses rêves
Ce que cette aventure m’a apprise, c’est qu’à partir du moment où l’on a les bonnes connexions, on peut tout réaliser. Je dessinais une idée sur un bout de papier à Bali et quelques semaines plus tard, elle existait. C’était une liberté absolue. Je n’étais plus contrainte par les catalogues, les standards, les délais européens. Je pouvais imaginer une banquette aux courbes particulières, un dossier en fer forgé avec un motif précis, un plateau de table dans un bois qu’on ne trouve nulle part ailleurs, puis le voir naître, exactement comme je l’avais rêvé.
Les inspirations venaient de partout. D’un palais marocain, d’une faïence en Tunisie, d’une échoppe aperçue au détour d’une ruelle de Seminyak, d’un tissu trouvé sur un marché de Java. Je rentrais les bras chargés de photos, de croquis griffonnés sur des carnets, d’échantillons de matériaux ramenés dans mes bagages. Et à chaque fois, les artisans transformaient tout ça en réalité. Ils ne disaient jamais que c’était impossible.
C’est aussi de l’écologie
En cuir de buffle, en teck massif, en fer forgé. Ce sont des matériaux nobles, denses, qui vieillissent bien. Le cuir de buffle de Bali, c’est plusieurs millimètres d’épaisseur. Il ne bouge pas, ne se déforme pas. Les poufs du bureau datent de 2004 et sont impeccables. Les chaises du restaurant aussi. Je pense qu’elles me survivront.
C’est aussi ça, l’écologie, même si le mot paraît étrange pour quelqu’un qui fait traverser des océans à des conteneurs. Acheter moins, acheter mieux, acheter pour que ça dure. Un meuble en plastique remplacé tous les trois ans (et certainement fabriqué à la chaîne en Chine) ou un meuble en teck dont j’ai suivi la fabrication et qui tient vingt ans : le calcul est vite fait.
L’effet waouh. Jamais je n’aurais pu transformer Estérel Caravaning comme je l’ai fait avec des prix européens. C’est grâce à Bali qu’on a été l’un des premiers campings cinq étoiles de France. C’est grâce à ces conteneurs que, aujourd’hui encore, lorsqu’une famille entre dans le restaurant pour la première fois, elle s’arrête, elle regarde et dit waouh. Ça fait plus de vingt ans que c’est la même réaction. On ne s’en lasse pas.
Entre nous : Le ferronnier au milieu des cocotiers
À vingt minutes en mobylette de Séminiak, au milieu des rizières et des cocotiers, des hommes travaillent accroupis dans la terre. Pas d’usine, pas de machines. Juste leurs mains, le métal et une précision stupéfiante. C’est là que sont nées les grilles qui courent aujourd’hui autour du restaurant et des piscines. Ces grilles ont été reproduites d’après des photos que j’avais prises en visitant le Palais du Glaoui à Télouet au Maroc.
Le ferronnier n’avait jamais fait ça. Il a regardé les plans, il a réfléchi. Et il s’y est mis. Le résultat est fabuleux. Chaque alvéole, chaque courbe est tournée à la main avec une régularité qui défie l’entendement. C’est la magie de Bali.
– Aurore



