Mon père avait donné le « LA ». Je n’ai fait que suivre la partition.
La montée en gamme, dès 1976
La montée en gamme d’Esterel Caravaning n’a pas commencé lorsque je suis arrivée. Elle a débuté avec mon père, en 1976, le jour où il a décidé d’ouvrir un camping avec deux piscines, deux terrains de tennis, un bar, un restaurant séparé, une supérette, un snack, un club house, un salon de coiffure (!) et des salles de bain privées sur les dix-huit premiers emplacements. C’était déjà, à l’époque, une ambition que personne n’avait. Il avait donné le « la » à la partition qu’on allait jouer durant 50 ans.
Quand je reprends en 1995, l’établissement a 20 ans et il accuse le coup. Les bornes électriques sont les mêmes qu’à l’ouverture. Les chaises sont en plastique. Le bar ne ressemble pas à un bar. Je fais le bilan : la fréquentation baisse parce qu’on est vieillissant. Et on est vieillissant parce qu’on n’a pas le chiffre d’affaires suffisant pour investir. C’est un cercle vicieux. La seule porte de sortie, c’est de prendre des risques.

Le Club Med, puis l’hôtellerie
Depuis le début, l’inspiration s’est faite dans la référence. Au départ, c’était le Club Med. On y allait en famille, en Afrique, pour se reposer et s’inspirer en même temps. Le mini-club, l’atelier créatif, l’animation… Tous ces services, on les a ainsi observés, adaptés, améliorés. Et puis on les a dépassés sur beaucoup de points.
Plus tard, l’inspiration s’est déplacée vers l’hôtellerie traditionnelle. Mon exemple fétiche : les bouquets de fleurs dans le hall de l’hôtel Carlton à Cannes : gigantesques, dégoulinants, impressionnants. À chaque fois que j’y entre, je fais « Wouah ! » Et je me dis : le jour où les familles auront toutes ce même réflexe en arrivant à Esterel Caravaning, j’aurai réussi. On a 280 000 fleurs sur le camping, on en plante 10 000 par an. Ce jour-là n’est pas encore arrivé.

Le sourcing permanent
Ma méthode, c’est le sourcing. Je ne vais nulle part sans observer, noter, comparer. En 1998, avant de dessiner le bar, j’ai fréquenté tous les bars branchés de Paris, cocktail après cocktail, carnet à la main. Ce qui revenait partout, ce qui manquait, ce qui était pratique pour le ménage, ce qui ne l’était pas. Ce travail-là, personne ne le voit. Mais il est dans chaque recoin du bar.
C’est ce même œil qui m’a conduite vers les spas privatifs. À l’époque où les premiers apparaissent dans les campings, ils sont collectifs, noyés dans les parcs aquatiques. Pour moi, ce n’est pas ça, la détente. Je venais de refaire ma maison et d’y installer un bain bouillonnant pour me baigner toute l’année, dans l’intimité. Tout naturellement, j’ai pensé à Esterel Caravaning. Un spa privatif attenant au mobil-home, comme à la maison. J’ai été la première en France à proposer cet équipement de luxe dans un camping. Aujourd’hui, une soixantaine de mobil-homes et emplacements en sont dotés.
Cette montée en gamme ne s’est jamais arrêtée. La cinquième étoile est arrivée en 2011. Ce fut une confirmation, pas une révélation. Depuis 1976, nous avons investi 40 millions d’euros. Pas une seule année sans investissement. Et ce n’est pas terminé. Les nouveaux VIP XXL arrivent pour dix personnes, voiture électrique incluse. La montée en gamme ne s’arrête pas. Elle se réinvente. Elle est permanente.
Entre nous : Des paréos dans le bush australien

En 2011, je pars trois semaines en Australie en camping-car. Chaque matin aux aurores, je fais le tour des campings, papier et crayon à la main, pour lister ce que je vois. J’observe ce qui est mieux que chez moi. Ce qui me frappe le plus, c’est l’absence totale d’intimité. Aucune délimitation entre les emplacements. Les familles vivent les unes chez les autres, garés au coude-à-coude, vue directe sur le voisin.
Alors j’ai acheté une grande corde à linge. Et pendant trois semaines, de camping en camping, j’ai accroché mes paréos aux quatre coins de mon emplacement, tendus comme des voiles, pour avoir mon espace et mon intimité. Les autres campeurs nous regardaient bizarrement. On avait l’air d’avoir monté un marché provençal en plein bush australien.
À mon retour, j’ai lancé un plan de plantation massif des emplacements à Esterel Caravaning. Des haies, des arbustes, des fleurs pour que chaque client soit vraiment chez lui. C’est toujours cette vue-là, encadrée et préservée, que j’essaie d’offrir.
– Aurore

