Une insolence, un sourire et trente ans d’aventures communes. Véro raconte.
Une vraie saisonnière
Je suis marseillaise, saisonnière dans l’âme, et je n’avais aucune raison de m’arrêter à Saint-Raphaël. Dix saisons d’hiver à Val Thorens, des étés en Corse : j’avais mon rythme et mes repères. Et puis Laurent, mon meilleur ami, m’appelle un jour de juillet 1999. Il venait de prendre la responsabilité du bar qu’Aurore avait refait entièrement. Il était en galère de personnel. « Viens. » Je n’étais pas intéressée, j’ai d’abord dit non. Il m’a alors supplié. J’ai accepté pour juillet-août, pas plus.
Aurore n’était pas là à mon arrivée. Elle vivait à Paris, elle faisait des allers-retours. J’ai commencé à travailler sans l’avoir jamais vue. Et puis un matin, une femme passe derrière mon comptoir comme si elle était chez elle. Je lui dis sans réfléchir : « Ma grande, tu vas où, là ? » Elle se retourne, me regarde et dit : « Je suis Aurore Laroche. » Je ne m’attendais vraiment pas à ce petit bout de femme. Elle a souri : « Toi, je vais t’aimer », a-t-elle ajouté. Elle avait vu juste. L’aventure a commencé comme ça, sur une impudence et un sourire.
En septembre, je suis repartie en lui disant que Saint-Raphaël, ce n’était vraiment pas mon truc. Elle est venue fêter le 31 décembre à Val Thorens avec toute sa famille. Elle m’a convaincue de revenir. Et je ne suis plus jamais repartie.
Partout à la fois
Ce qu’il faut comprendre sur mon travail ici, c’est que je ne suis pas derrière un bureau. Je n’ai jamais su faire ça. Je suis sur tous les fronts, à toute heure : le matin pour vérifier les stocks à la boutique, au restaurant à midi pour m’assurer que le service tient, à la supérette en fin de journée, au bar le soir. Les achats, le recrutement, les équipes, la déco, les commandes, les fournisseurs. Aujourd’hui, je supervise l’ensemble des commerces du camping : les deux restaurants, le glacier, le bar, le snack, la supérette, la boutique, le spa. Je suis là de mars à octobre.
C’est exactement ça qui me retient depuis trente ans : l’impossibilité de s’ennuyer. Lorsque j’ai repris la supérette l’année dernière, je n’y connaissais rien. J’ai fait des formations, je me suis lancée et on a dépassé nos objectifs. Avant ça, le spa. Avant encore, la discothèque. À chaque fois, un nouveau défi, une nouvelle compétence à acquérir. Aurore nous a toujours donné cette liberté, celle de grandir, d’essayer, de rater parfois, et de recommencer. Je sais que je peux compter sur notre trio : Aurore et Sabine sont là, on s’entraide, on avance dans le même sens. Un état d’esprit familial, vraiment.

Chez moi, ici
Pendant plusieurs années, je faisais les deux saisons : l’hiver à Val Thorens, l’été à Esterel Caravaning. Sans vacances, sans pause. Deux semaines chez mes parents entre les deux et j’enchaînais. À un moment, on se pose des questions. On se dit que ce n’est pas ça, la vie. Alors j’ai arrêté la montagne. Et je suis restée à Saint-Raphaël, de l’ouverture à la fermeture.
J’ai mon appartement sur le camping. Mon mari, américain, photographe et DJ, fait la saison avec moi. Il s’est intégré à la vie du camping. Plusieurs fois par semaine, il assure des sessions au bar et les clients apprécient. Aujourd’hui, nous sommes deux à avoir trouvé notre place ici.
Bali, l’autre vie
De novembre à mars, je suis à Bali. Ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Après une saison entière à courir dans tous les sens, à vivre vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec du monde et du bruit, la coupure s’impose. Bali, c’est mon pied-à-terre, mon oxygène. J’ai besoin de cette île pour me ressourcer et revenir en forme.
C’est là-bas aussi qu’Aurore et moi sommes devenues vraiment amies, au-delà du travail. On a beaucoup de choses en commun : l’amour de Bali, la fête, la déco, le goût des aventures improbables. On a même monté une société ensemble pour faire fabriquer des collections. Les bijoux, ça marchait bien. Les vêtements ? On a beaucoup ri. Dessiner des vêtements, c’est une autre histoire !
En mode hivernal
Mais cette aventure nous a ouvert des portes. C’est à travers ce réseau balinais qu’on a commencé à travailler sur les conteneurs pour le camping : les meubles, les accessoires, les objets de déco. Mon rôle durant mes hivers à Bali, c’était de partir à la chasse : trouver les pierres pour les bijoux, dénicher les bons artisans, sélectionner les matières, négocier. Le même œil, les mêmes réflexes, mais appliqués à tout ce qui allait habiller Esterel Caravaning. Gérard avait ouvert la voie avec Aurore sur les meubles. Nous, on a continué, élargi, renouvelé. Depuis, chaque objet qui traverse nos grilles est passé par nos mains, quelque part entre Bali et Saint-Raphaël.
Entre nous : Les mots d’Aurore

Trente ans. Je ne sais pas par quel bout commencer. Véro, c’est mon amie. Celle avec qui je travaille, avec qui je vis, avec qui je partage tout : les rires, les moments de bonheur et les moments où la vie fait moins semblant d’être simple. On a traversé ensemble des choses qu’on ne raconte pas, parce qu’elles nous appartiennent. Des choses drôles, tellement drôles qu’on en pleure encore. Et des choses beaucoup plus sombres, où l’une a tenu l’autre debout. C’est ça, l’amitié vraie : pas celle que l’on montre, celle que l’on vit.
Nous avons les mêmes valeurs, les mêmes passions, le même regard sur la vie, le même caractère, ce qui fait que l’on se comprend sans s’expliquer. La seule chose que l’on ne partage pas, c’est le sport. À chaque fois qu’elle a essayé de me suivre, cela s’est mal terminé. Je ne sais pas ce que ça dit de moi.
Résumer trente ans en quelques lignes, c’est impossible. Alors je vais dire juste ça : Véro peut me demander n’importe quoi, à n’importe quel moment du jour ou de la nuit. C’est une personne pour laquelle je donnerais tout, sans hésiter, sans compter. Ce que nous partageons, c’est de l’amour. Fort, fort, fort. J’avais déjà trouvé une grande sœur en Calou, ma cousine, celle qui a toujours été là. Et puis Véro est arrivée. Deux sœurs que la vie m’a données, que je n’avais pas demandées, et sans lesquelles je ne serais pas tout à fait moi.
– Aurore



