Saga Esterel Caravaning, épisode 5 : Ce premier chantier m’a appris quelque chose que je ne savais pas sur moi

Le jour où j’ai compris que je n’avais besoin de personne.

Un bar à repenser

En 1998, je m’attaque à mes premiers travaux d’intérieur : le bar. Celui d’origine était devenu totalement obsolète. Les trois quarts de la surface étaient pris par des réserves, des toilettes, un vieux comptoir noirci. Il fallait tout repenser et il fallait surtout un comptoir qui fasse plusieurs mètres de long.

J’engage alors un architecte d’intérieur. Ce fut la première et la dernière fois. Parce qu’au fil des réunions, je réalise quelque chose : j’ai plus d’idées que lui. Je vois les volumes mieux que lui. Je visualise en trois dimensions sans effort. Mon père avait ce talent. Il avait tout dessiné sur le camping : les routes, les bâtiments, les emplacements… C’était aussi un artiste qui faisait de la peinture, de la sculpture, de la poterie. J’avais condensé tout ce talent artistique sans le savoir. Ce chantier me l’a révélé. À partir de ce moment-là, je me suis faite confiance.

Bar Les Suds – comptoir en pierre de lave bleue

Les Suds

Le bar s’appellerait Les Suds, en référence aux Suds pluriel, méditerranéen et métissé. Dans cet esprit, j’ai imaginé un comptoir en pierre de lave bleue, ce bleu particulier qu’on retrouve au Maroc, en Tunisie, en Asie. Un grand maître de la pierre de lave s’est déplacé en personne pour le poser. C’était une surface exceptionnelle et ce matériau ne pardonne pas les approximations. Autour de ce comptoir, des chaises en métal et cuir fabriquées en Indonésie, des banquettes d’inspiration vénitienne, des fauteuils façon Espagne made in Bali. Et au fond, entre deux niches, un grand four à pain marocain. Je voulais un lieu convivial et chaleureux. Au cœur du bar Les Suds, il y avait ainsi une cheminée pour que les familles viennent prendre le thé en hors-saison, autour du feu.

C’est avec ce nouveau bar que nous avons instauré l’Happy Hour, le midi et en fin de journée à heure fixe. Ces vrais moments de convivialité existent toujours et ce sont devenus des rendez-vous très prisés des vacanciers.

Bar Les Suds – détail intérieur

1 500 verres par heure

Ce bar, je l’ai refait il y a trois ans. Il était esthétiquement magnifique, mais foncièrement inadapté au travail. En pleine saison, pendant un Happy Hour ou un match de Coupe du monde, on peut monter jusqu’à 1 500 verres à l’heure. L’ancien bar ne tenait pas ce rythme.

On a donc tout repensé : quelque chose de beaucoup plus carré, plus fonctionnel, avec trois laboratoires à cocktail autonomes et des plonges électroniques intégrées avec montée des verres automatique. Les deux niches de la cheminée, elles, sont restées exactement où elles étaient. C’est un point de décoration, on les agrémente de fleurs. On a dû également supprimer les arches car on perdait trop de surface. Mais avant de les abattre, j’ai réalisé quelque chose que je n’avais jamais vraiment vu.

Entre nous : Les arches de mon père

Les arches du bar Les Suds

En dessinant l’intérieur de ce premier bar, j’avais voulu des arches. Pour la forme, pour le volume, pour cette façon qu’elles ont d’agrandir l’espace sans l’alourdir. Et puis, un jour en levant les yeux, j’ai réalisé ce que j’avais fait sans le vouloir : les arches du bar répondaient exactement aux arches du patio, aux arches de l’entrée du camping, celles que mon père avait construites vingt ans plus tôt. Un fil tendu entre lui et moi, à travers le béton et le plâtre. Je n’avais pas pensé à lui en les dessinant mais il était là quand même.

– Aurore

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