« Une caravane, un hamac et 49 ans de bonheur » – Corinne Bertrand, fidèle depuis 1977
L’emplacement du haut
C’est arrivé par hasard, comme souvent les meilleures choses. À l’été 1977, Corinne et René Bertrand cherchent un camping au bord de mer. Celui qu’ils avaient visé était complet. Ils arrivent à Esterel Caravaning. Complet aussi, leur dit Jacqueline Laroche. Mais il y a des emplacements en haut du camping, pas encore tout à fait terminés, si cela les intéresse. Ça les intéresse. Quarante-neuf ans plus tard, ils sont toujours là.
Ce qui les a fait revenir la première fois ? L’accueil, le site, cette atmosphère familiale qui régnait à l’époque. Ils venaient d’abord en juillet seulement. Puis ils ont demandé à Jacqueline s’ils pouvaient venir aussi à Pâques, en week-end, hors saison. Elle était ravie. Alors, dès qu’il y avait un pont, une semaine de libre, un prétexte, hop direction Esterel Caravaning ! Ils n’habitent pas loin, dans les Hautes-Alpes, près de Gap. Mais c’est ici qu’ils aimaient déconnecter et s’évader.

La résidence à deux roues
Leur fille a fait toute son enfance ici, jusqu’à ses dix-huit ans. Elle revient encore, moins longtemps, mais elle revient : « Parce qu’elle en a besoin », dit René simplement. La caravane, elle, ne bouge plus depuis des années. Elle est en gardiennage près du camping. René n’a plus envie de la tracter. Quand ils vont ailleurs, ils louent. Mais ailleurs, c’est rare. « On n’a pas des goûts de grand luxe », s’amuse Corinne. Et de poursuivre : « On a tout le confort dans notre caravane, notre résidence à deux roues. Le bonus : notre hamac solidement attaché sur l’emplacement. »
Aujourd’hui, à la retraite, ils arrivent en avril et restent jusqu’en juillet. Puis ils reviennent en septembre. Trois mois au printemps, le mois qui suit l’été et entre les deux, ils cèdent la haute saison aux autres.

Les mêmes visages
Ce qui les retient, ce n’est pas seulement la mer ou le massif de l’Estérel – ils connaissent la région par cœur –, le sentier des douaniers, les randos dans l’Estérel, la marche nordique avec Julie quand les genoux le permettent. « Sans oublier les balades à vélo avec notre chienne, elle adore ! »
Ce qui les retient, c’est le relationnel. Retrouver Aurore, revoir Jacqueline Laroche « cette femme extraordinaire », reconnaître les mêmes visages à l’accueil d’une année sur l’autre. Aurore a planté des bambous autour de leur emplacement pour leur donner de l’intimité, ainsi ils ne voient pas les voisins. Ils aiment les gens, mais ils aiment aussi être chez eux.
En 49 ans, ils ont bien sûr noué de nombreux liens avec d’autres familles. « Nos meilleurs amis, rencontrés sur le camping il y a plus de trente ans, habitent au Mans. La distance n’a rien changé. On en a tellement de souvenirs ici. », commente Corinne, les yeux pétillants.
Entre nous : L’homme au grand chapeau
Corinne se souvient de Jean Laroche avec une précision attendrie. Elle le voyait passer dans le camping, toujours coiffé de son grand chapeau. « Un monsieur discret, d’une grande prestance. On le craignait un peu, à cause de cette prestance justement. Et pourtant, d’une simplicité désarmante. Il s’arrêtait devant les arbres, vérifiait qu’ils allaient bien, qu’ils ne manquaient pas d’eau, regardait le camping comme un jardinier regarde son jardin. »
C’était les débuts. Le camping était encore en construction, les emplacements du haut pas entièrement terminés, les arbres tout juste plantés. Et lui était là, chapeau sur la tête, à veiller sur son domaine. Quarante-neuf ans après, l’image est encore là, intacte.


